Je suis arrivée en début d’après-midi dans le petit studio, où flottait une odeur légère de cire et de lin. Le sol était recouvert de tatamis, et des cordes de jute — rangées par longueur et par couleur — attendaient accrochées à des crochets. Mon prof m’a accueillie sans chichis : un bref salut, une poignée de main, et nous avons commencé.
D’abord, il m’a montré les bases de la sécurité : comment repérer les nerfs et les artères, où ne jamais serrer trop fort, et l’importance du mot-clef pour stopper immédiatement la séance. Ensuite, il a sorti une corde d’environ 8 m et m’a demandé de la tenir, d’en sentir le poids, la texture et le grain. Ce contact m’a permis de mesurer d’où à où la corde pourrait s’étendre autour de mon corps.
Allongée sur le tatami, j’ai d’abord senti la corde s’enrouler autour de mes chevilles, puis monter jusqu’à mes genoux. La pression était douce : assez serrée pour tenir, sans douleur. À chaque nouveau tour, il me demandait si je ressentais un point dur ou un engourdissement. Quand j’ai mentionné un léger picotement, il a desserré d’un centimètre et vérifié mon pouls.
Le harnais de torse (le takate-kote) a été plus complexe à mettre en place : il m’a guidée pas à pas, en expliquant chaque nœud de base avant de le réaliser. Je devais tendre les bras dans une position précise, tout en restant détendue. À ce stade, j’ai vraiment pris conscience de mon souffle, de la tension de mes muscles et du poids de mes bras, même légèrement suspendus.
Pendant que la corde formait un motif de losanges contre ma cage thoracique, je sentais la chaleur monter dans mes bras et dans mon dos. Je ne pensais plus qu’aux sensations physiques : la douceur du jute, l’alignement des nœuds, la légère tension au niveau des épaules. Mon prof me parlait doucement pour m’aider à réguler ma respiration et me rassurer sur chaque ajustement.
Arrivée au pic de la séance, j’étais stable et en confiance. Il a pris du temps pour observer l’équilibre de la suspension à quelques centimètres du sol, puis m’a relâchée progressivement. Le dénouement s’est fait avec la même minutie que la pose : chaque nœud était défait calmement, sans tirer brusquement, pour que la peau ne souffre pas.
Au moment de me relever, j’avais les marques de la corde sur les cuisses et le torse. Rien de douloureux, juste des empreintes qui disparaîtraient en quelques heures. J’ai senti une légère faiblesse dans les jambes, comme après un étirement intense, mais surtout une grande clarté d’esprit : le corps détendu, l’esprit apaisé.
En sortant, j’ai compris qu’un premier cours de shibari, c’est avant tout une leçon de précision et d’écoute. On apprend à observer ses limites et à communiquer chaque ressenti. C’était ma première expérience — simple et très concrète — qui m’a donné envie de recommencer.



